Ensemble Montréal et Polysesouvient: des mesures concrètes pour resserrer le contrôle des armes à feu

Montréal, le 6 novembre 2019 – Près de 30 ans après l’attentat antiféministe de la Polytechnique, le débat sur le contrôle des armes à feu fait toujours rage. Durant la récente campagne électorale fédérale, le chef du Parti libéral, M. Justin Trudeau, s’est engagé à bannir les armes d’assaut et à donner aux villes la compétence d’interdire les armes de poing sur leur territoire. Or, ce n’est pas ce que Montréal avait demandé, comme le rappelle M. Lionel Perez, chef d’Ensemble Montréal.

«En août 2018, dans une déclaration adoptée à l’unanimité au conseil municipal, nous avions demandé que le fédéral interdise la possession privée des armes de poing. Or, M. Trudeau veut maintenant remettre cette responsabilité aux villes, qui n’ont pas le pouvoir de l’appliquer au final: comment contrôler qui entre ou sort sur le territoire de Montréal avec des armes? Qu’est-ce qui empêche des gens de s’en procurer dans les villes avoisinantes? Si le gouvernement fédéral n’interdit pas les armes de poing partout, c’est peine perdue», a-t-il affirmé.

Présente à la conférence de presse aux côtés de M. Perez, Mme Heidi Rathjen, témoin de la tuerie de 1989 à l’École Polytechnique, militante pour le contrôle des armes depuis cette date et coordonnatrice de Polysesouvient, tenait absolument à apporter son appui à la motion et ce, au nom des diplômés de l’époque et des familles des victimes qui luttent pour un meilleur contrôle dont plusieurs étaient aussi présents: Serge Saint-Arneault (frère d’Annie), Jim Edward (frère d’Anne-Marie) et Kathlene Dixon (mère d’une victime de la tuerie au Collège Dawson, Meaghan Hennegan).

«Dans le contexte d’un nouveau gouvernement minoritaire qui a été élu en promettant d’interdire les armes les plus meurtrières, il importe de légiférer le plus rapidement possible, d’autant plus que trois partis d’opposition se sont également affichés en faveur de contrôles plus sévères», a dit Mme Rathjen. «Pour ce faire, il est crucial pour les villes de se positionner sans tarder face à l’intention du gouvernement fédéral de leur refiler le fardeau d’interdire les armes de poing, une approche qui serait non seulement inefficace, mais aussi irréaliste compte tenu des luttes politiques longues et acrimonieuses contre le lobby des armes auxquelles ferait face tout maire qui déciderait d’aller de l’avant avec des restrictions supplémentaires. Nous applaudissons donc vigoureusement l’initiative d’Ensemble Montréal et encourageons la mairesse Valérie Plante à appuyer la motion et à exercer son leadership politique auprès de ses collègues à travers le pays.»

La leader de l’Opposition officielle, Mme Karine Boivin Roy, voudrait aussi que d’autres municipalités emboîtent le pas et questionnent la volonté du fédéral.

«Nous souhaitons que notre initiative fasse l’unanimité et que toutes les villes refusent de se voir confier la responsabilité de resserrer les contrôles sur les armes de poing. Pourquoi proposer une demi-mesure que l’on sait sera peu ou pas efficace? Pourquoi attendre pendant que le problème se propage par la prolifération continue des armes de poing en circulation? Réglons-le une fois pour toutes avec une interdiction fédérale», a-t-elle ajouté.

De plus, l’Opposition officielle a décidé d’être proactive dans le dossier et de proposer une mesure pour réduire le nombre d’armes à Montréal par l’entremise d’un programme de rachat d’armes non désirées ou inutilisées.

«Le principe est très simple: de façon tout à fait anonyme, nous invitons les citoyens à remettre les armes qu’ils ont en leur possession au Service de police de la Ville de Montréal en échange d’un montant d’argent. La police ne pose aucune question, ne fait aucun contrôle d’identité, remet l’argent sur-le-champ et détruit lesdites armes», a expliqué M. Perez.

À Toronto, un programme similaire a permis de recueillir 2 200 fusils et 900 pistolets. Les fusils étaient rachetés 200 $, et les pistolets 350 $, permettant ainsi d’envoyer 3 100 armes à la destruction pour un coût raisonnable.

«Dans un contexte où les fusillades se multiplient à Montréal et où les gens craignent pour leur sécurité, un tel programme permettrait de réduire le nombre d’armes en circulation tout en diminuant le risque de vol, d’accident ou de suicide», a conclu le chef d’Ensemble Montréal.

Aussi en appui de la motion, Mme Alice Perié, vice-présidente, Affaires Publiques, de la Confédération pour le rayonnement étudiant en ingénierie au Québec et porte-parole du Mouvement pancanadien étudiant PAS_ICI / NOT_HERE, a ajouté: «Nous, les étudiants du 20e siècle, sommes la première génération à avoir grandi à l’ère des tueries de masse dans les écoles, comme à Virginia Tech, Sandy Hook, Parkland et tant d’autres au sud de la frontière, mais ici aussi au Canada: Dawson, Concordia et, bien sûr, Polytechnique. Nous en avons assez de nous faire imposer des solutions bidons qui nous terrorisent comme les simulations de tireurs fous dans nos écoles pendant que la loi permet toujours la vente d’armes qui facilitent ce genre de massacres.

«C’est pourquoi nous appuyons Ensemble Montréal. Il est temps pour le gouvernement fédéral d’arrêter d’essayer de plaire à tout le monde et de prioriser la sécurité publique en interdisant les armes les plus dangereuses et destructives. Un  programme de rachat local, comme le propose également Ensemble Montréal, serait une mesure positive et complémentaire. Nous comptons sur l’administration pour adopter cette motion et interpellons tous les maires à en faire autant.»

La motion d’Ensemble Montréal sera débattue lors de la prochaine séance du conseil municipal le 18 novembre prochain.


Motion pour un contrôle efficace des armes à feu à Montréal

Attendu que, selon Statistique Canada, le nombre d’homicides par armes à feu a augmenté pour la quatrième année consécutive (de 2013 à 2017), soit de 103% en quatre ans, avec le taux actuel représentant le taux «le plus élevé observé au Canada depuis 1992»;

Attendu que le nombre d’armes de poing au Canada a plus que doublé depuis 2012 (passant de 465 000 à 935 000) et que ces armes, selon Statistique Canada, sont à l’origine d’environ 24 % de tous les homicides au pays;

Attendu que le nombre d’armes à feu achetées légalement au Canada et revendues à des personnes qui les utilisent à des fins criminelles a « considérablement augmenté » selon plusieurs autorités à travers le pays, dont la police de Toronto;

Attendu que depuis 2008, selon la Sûreté du Québec, 66 000 armes ont été saisies au Québec;

Attendu que la Ville de Montréal enregistre annuellement le tiers des infractions relatives aux armes à feu dans la province;

Attendu qu’en moyenne 18 personnes par an meurent assassinées à l’aide d’une arme à feu à Montréal et que cela représente plus de 50 % des homicides annuels;

Attendu que le 6 décembre 1989, il y a trente ans, a eu lieu le féminicide à l’École Polytechnique, qui a enlevé la vie à 14 jeunes femmes par le moyen d’une arme acquise légalement;

Attendu que les armes utilisées dans les tueries de masse de Concordia (1992) et de la Mosquée de Québec (2017) étaient des armes de poing légales, et que celle utilisée à Toronto (2018) avait été volée d’un propriétaire légal;

Attendu que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ne collige ou ne fournit pas les données rigoureuses sur le nombre de crimes, de meurtres, de suicides et d’accidents commis à l’aide d’une arme à feu sur son territoire, ni le nombre d’armes à feu volées;

Attendu que la Ville de Montréal a adopté en 2018 à l’unanimité une motion demandant au gouvernement fédéral de bannir les armes d’assaut et les armes de poing;

Attendu que le Parti libéral du Canada s’est engagé à interdire les armes d’assaut, mais a choisi de laisser aux municipalités le fardeau d’interdire les armes de poing;

Attendu que l’approche la plus efficace pour encadrer ou interdire les armes de poing est d’instaurer une mesure au niveau de l’ensemble du territoire canadien décrétée par le gouvernement fédéral, qui seul a compétence sur le criminel;

Attendu que la ville de Toronto a mis en place un programme de rachat des armes à feu en 2019 et que ce dernier a permis de récupérer 3100 armes pour un coût de 750 000$;

Attendu que moins d’armes à feu en circulation signifie moins de chances qu’elles soient utilisées à de mauvaises fins et que plusieurs études démontrent que le simple fait d’avoir ce genre de programme provoque des discussions utiles sur les risques associés aux armes à feu et sur les bonnes pratiques (comme le respect des normes sur l’entreposage sécuritaire), ce qui contribue à réduire les accidents, les vols et l’usage impulsif des armes en général;

Il est proposé par Lionel Perez, chef de l'Opposition officielle et conseiller de la Ville du district de Darlington;            

et appuyé par Karine Boivin Roy, conseillère de la Ville du district de Louis-Riel;

Que la Ville de Montréal réitère au nouveau gouvernement fédéral l’urgence d’interdire les armes d’assaut et les armes de poing au Canada et qu’elle  souligne l’importance de maintenir cette compétence au niveau fédéral; 

Que la Ville de Montréal réclame la cessation immédiate de l’importation et de la fabrication des armes de poing au Canada;

Que la Ville de Montréal demande à ce que le SPVM collige et diffuse des données plus précises sur le nombre de meurtres, de crimes, de suicides et d’accidents dus aux armes à feu ainsi que leur statut (légal ou illégal), en plus du nombre d’armes volées;

Que la Ville de Montréal mette en place un programme de rachat volontaire d’armes à feu sur son territoire et incite l’ensemble de la Communauté métropolitaine de Montréal à se doter d’un tel programme;

Que la Ville de Montréal partage cette résolution avec la Fédération canadienne des municipalités, l’Union des municipalités du Québec, et la Fédération québécoise des municipalités.

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